Créer la forme pour accéder au sans forme

Énoncé Artistique

Aurélie Pedron souhaite participer à l’équilibre des individus et des sociétés en concevant des installations immersives qui permettent un ralentissement. Déjouant la notion subjective du “réel”, ses œuvres permettent d’expérimenter des états augmentés de conscience oscillant entre états méditatifs, reconnexions à un soi profond, perte de repère spatio-temporelle ou sensations hallucinogènes…

L’artiste développe une expertise dans sa capacité à réunir des équipes venant d’horizons ou de classes sociales radicalement différentes, contribuant ainsi à la richesse et à la complexité des œuvres qu’elle co-crée avec ses partenaires.  De savants agencements de matériaux permettent la composition “d’œuvres-systèmes”. Les matériaux mis en jeu sont interdépendants et se mettent en mouvement pour chercher un équilibre, comme le font les écosystèmes naturels. Ces matériaux comprennent souvent le corps même des spectateurs.

Le corps en présence est au cœur de la pratique. C’est le lieu d’ancrage de l’expérience artistique. Par la mise en situation du corps du spectateur dans l’espace,  Aurélie déjoue la perception de ce qu’on croit être “la réel” pour dérouter le mental, et donner accès à des expériences de réalité augmentées…

Aurélie cultive des valeurs qui nourrissent ses processus artistiques sans jamais en faire démonstration. La rencontre de personnes qui ont des chemins de vie atypiques ou traumatiques et son engagement auprès d’un maître taoïste au sommet d’une montagne en Chine, sont des expériences concrètes qui ouvrent sa compréhension de l’existence et façonnent, par le fond, ses processus de création.

Aurélie Pedron

Photo : Jean François Paré

Avec la création de Lilith & Cie en 2013, Aurélie Pedron invente les lieux mêmes de ses œuvres installatives, où les corps des performeur·euses deviennent passeurs de sens et révèlent des images invisibles. ENTRE (présenté par Tangente, 2014), nanoperformance pour un spectateur à la fois, sera une œuvre phare pour la compagnie, qui vaut à la chorégraphe le Prix de la danse de Montréal, catégorie révélation. En 2016, avec le soutien de Danse-Cité, elle crée LA LOBA, un parcours chorégraphique de 12 installations vivantes dans l’ancien Institut des sourdes-muettes de Montréal. ANTICHAMBRE,  une œuvre immersive où le mouvement est au cœur de la sensation du·de la spectateur·rice, est présentée à l’Agora de la Danse en 2019. INVISIBLE qui se déroule sur 72 heures, a été de la programmation du OFFTA en 2022, présentée en coproduction avec Montréal Danse et Danse-Cité.

Parallèlement, dans un souci d’éthique sociale et d’inclusion, Aurélie Pedron collabore avec de jeunes marginalisé·es ou qui se définissent en marge de la société. Elle conçoit avec eux les microperformances RÛE et MARGE (2014-2015), avec l’appui de DARE-DARE, centre de diffusion d’art multidisciplinaire à Montréal. INDEEP (2016), performance de 10 heures pour 10 jeunes à l’aveugle, offre une performance transformatrice fascinante et interroge notre regard face à un corps social, sans repères ni codes connus. DANS LE CŒUR DU HÉRON, qui devait être diffusée au OFFTA en 2020, a été créée en collaboration avec Simiuni Nauya, sculpteur inuit, et a finalement été présentée au Musée d’art de Rouyn-Noranda en 2021.

Lilith & Cie est soutenue par le Conseil des arts de Montréal, le Conseil des arts et des lettres du Québec et le Conseil des arts du Canada.

Lilith dans l’Histoire

Les diverses étymologies de son nom (en hébreu et en langue sumérienne) renvoient à la nuit et au vent.

« Lilith, la nuit. Figure objectivée de l’inaccomplie, autrement dit l’inconscient dont l’homme renverrait l’existence sous la forme d’un personnage féminin dans la nuit des temps, alors qu’il la porte, en fait, dans la nuit de son intériorité. » Annick de Souzenelle

Sous les auspices de cette archétype, qui nous renvoie aux profondeurs, Lilith & Cie invite à appréhender l’indicible et à aller au-delà de la surface des choses.